Momtaz, Wallah ! Chouf, chouf, chouf …

En attendant un dernier post qui fera office de joute verbale avec une coalition Alifaxienne, je me permets à un petit laïus perso sur Furn el Chebbak (le four de la fenêtre ; quartier de Beyrouth), et un appartement particulièrement.

Voilà Cinq mois que je traine mon dos imberbe dans les travers de Beyrouth, avec un ligne de balance mentale qui oscille en permanence entre la réalité, le travail, la situation sociale et politique d’un coté, et la conneries, la création, les débats transcendantaux et barres de rire de l’autre.

Je ne referais pas un pamphlet sous couvert d’une pseudo analyse politique, j’en ai ma claque et ce n’est pas l’objet. Pour la seconde par contre, je pourrais écrire un livre sur les personnages qui ont fait les 5 mois de mon Beyrouth. Une ribambelle de malades dont le niveau de connerie est au champagne, ce que la grandeur d’esprit est aux falafistes (en référence au Tempoïsme).

Un appart à visiter, si vous êtes dans les standards de réflexions qu’incombe inexorablement le laboratoire de la connerie humaine de Beyrouth. Un trou dans l’espace temps qui est régit par quelques règles implicites : rire de tout, être transcendant, ne pas avoir peur des jets de pierre, être horrible par amour, être curieux des gens qui t’entourent et faire de la capoera dans le hall d’entrée. Si je devais comparer se lieu singulier, je dirais que c’est un hôpital psychiatrique où les malades auraient les clés, une coopérative d’activité tenue par des détraqués qui ferait de la concurrence à l’acide d’Hoffman.

Scientifiquement, intéressons nous à cette faune locale : tout d’abord il y a les sénégalais savoyards qui s’embrassent les biceps en soirée, surement pour cacher une timidité et une discrétion naturelle. Ensuite, les stéphanois (oui la faune!), toujours aussi performants dans l’armement et les missiles à courte portée. Il y a également des italiennes catholiques, prudes, timides, associables et autistes. Et enfin, les petites syriennes, calmes, pratiquement muettes, qui dansent très mal. C’est terrible !

Somme toute, un bocal rare de mixage, tant la société libanaise se compose majoritairement d’espèces similaires auto classé en vases clos, permettant d’accroitre les mondes parallèles qui composent Beyrouth. La nourriture y est excellente. Cependant, les pâtes sont cuisinées rudimentairement malgré un groupe italo-bamboula ayant choisit de faire honte à ses ancêtres. Le groupement de « noirs blancs à mains fléchis » restent une valeur sure du marché alimentaire local. Reste les stéphanois, qui se nourrissent exclusivement de vin blanc, de fromages et de cacahuètes. Les syro-gangsters eux, sont dépendants de la nourriture italienne, ce qui explique leur teint pâle.

La cage de ses animaux n’est pas scellée. Des jets de bananes auront fait taire les matons, et le défilé peut commencer, la nuit principalement : il y a les polonais-turco malgaches de la région parisienne, les normando-anarcho-anthropolopopopo, les souris journalistes, les polono-irako-italiens à lunettes grasses, les mères nourricières italo-zghoritiotes aux noms arméniens, des marocaines… c’est dégueulasse ! On trouve également des ours, qui se lavent les cheveux chez l’éléphant bleu et de multiples bipèdes, plus tarés les uns que les autres.

Un mélange très intéressant compte tenue de l’environnement extérieur. Ça pourrait être une maison close, proposant des Open Bar tous les soirs dans le Beyrouth Ouest de la fin des années 70. Un endroit intemporel, qui fait office de soupape de sécurité pour les éponges lourdes en recherche d’absurdité.

C’est en quittant Beyrouth, après ce stage d’observation, co-financé par Save The Children, Human Right Watch, la fondation Gitane Light et en partenariat avec l‘Observatoire des Impacts Balistiques dans ta Gueule (OIBG), Monseigneur Robert Gine et sa sainteté Michel Hal, que je démarre cette thèse très attendue sur le développement des bonsaïs plantés dans des  tupperwares en milieux hostiles.

Je tenais à remercier les pâtes barrilla qui ont sauvé mon alcoolisme, Domingo Vert (à 2h du Matin), la centaine de kilomètre entre Ehden et Beyrouth, les militaires et gendarmes des barrages de Terza, Madfoune et Corniche el Nahar. Également, le canapé d’angle sur le balcon, le balcon de Ehden, le terrain de Ehden, les shakers rouges sur l’étagère dans la cuisine, le pot de fleurs cendrier, le mot dans les toilettes proche de l’entrée, la guitare qu’il faut bruler quand JB est chaud, le mac de Justin, les doigts de pieds de Colline, le nez de Samah, les surnoms pourris de Giulia et le danseur syrien homosexuel toxicomane, sans quoi/qui (quoi?) rien n’aurait été possible. !

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Les mathématiques impossibles de mon cerveau malade.

Je ne sais plus quoi écrire. Mon égo trip dactylographique a pris un coup dans l’aile !

Je pourrais parler des petits détails multiples qui accompagnent ma vie à Beyrouth. Raconter mes occupations journalières, qui consistent à poser nu pour des peintres spécialisées dans le portrait animalier, ou de faire des riz au curcuma pour les collègues du laboratoire sociale de la connerie humaine de Beyrouth. Raconter combien l’État, les ONG, les médias et la politique, s’apparentent à ma vue comme un pendant peu nourrissant des soupes populaires. C’est pas bon, mais je mange, j’ai faim !

Je pourrais écrire 93 pages sur le monde et ses méandres, expliquer pourquoi l’homme va crever la bouche ouverte avec ses sempiternelles « j’aurais du faire ça », « j’aurais préféré que ce soit comme ça », « on aurait du les écouter » ou encore « si je pouvais revenir en arrière ». En sommes, démontrer à quel point nous paraissons coincé entre l’action, la réflexion et la réaction. Qui d’abord, ça avant, nan plutôt ça. Bref, tout ça pour dire que j’irais bien marcher pendant quatre heures et finir sur le pic d’une montagne pour boire une bière chaude.

J’ai peur ! Peur de voir le monde sous un seul prisme. Un prisme fendu bien entendu, taillé pour voir les choses comme elles m’arrangent. J’ai peur de tomber dans l’auto-centrisme, chose que je me refuse à faire, surtout quand on scande mon nom à la sortie des meetings. D’ailleurs, mesdames vos culottes ne sont pas à ma taille, gardez les !

J’ai envie de faire des projets. J’ai envie de vivre simplement, ou plutôt de crever heureux ; de marquer mon avenir du sceau de la rouelle de porc, le gras caramélisé par la cuisson comme l’étendard de mon envie de sentir les fleurs et le cul des chèvres. J’ai envie de bécher; de planter des arbres auxquels je donnerais les noms des chiens que je n’ai jamais eu. Les voir grandir, comme si ils étaient les enfants que je n’aurais pas, car j’aime les chèvres.

Je suis dans état de saturation ; un état diffus entre la violence quotidienne qui m’exaspère, la latence des problèmes arabo-animaliers, et le fait de voir que nos référents occidentaux se dopent à l’information merdique, tout en pensant saisir la réalité de la situation aux détours des titres du Monde ou de l’Orient.

Je pourrais pester sur les syriens et les palestiniens. Il est de bon ton d’haïr ce avec qui ont travaille : c’est plus facile et ça défoule. Ou non ! Je devrais repartir sur les taxis malades du klaxon, ou alors sur les coupures d’électricités d’un tiers monde qui se croit aux portes de la modernisation. Je pourrais me détendre sur les vieux cons ou les femmes pieuses. Faire du socio-anthropologisme permanent en oubliant de parler de moi… ce serait chiant j’en conviens.

J’aimerais bien laisser un monde en bon état à mes chèvres, évidement bilingues français-arabe. J’aimerais beaucoup changer le monde avec deux articles wordpress ; un sur l’importance de la fécondation in vitro des loutres mâle en Haute-Loire, et l’autre sur la prise en charges des femmes androgynes battues, par les instructeurs militaires d’Islambad.

En sommes, j’ai envie de penser connerie pure et absurdité mal placée : pouvoir dire à un mec que j’adore voir sa meuf se moucher, même si elle est moche… Ca ne change rien entre nous… j’ai déjà diné merci. Je voudrais arrêter de me faire traquer par les ondes néfastes des suceurs de malheurs en canapé, pour pouvoir faire chier les culs-de-jattes sur la coupe de leur bermuda en jeans, passés de mode.

Je veux simplement prendre le temps d’expliquer à ma chèvre cadette, Gniafronne, l’importance du papillon bourguignon dans l’élévation de l’ours des montagnes catholiques.

Baisse la musique, j’ai mal aux hanches !

Parcourant les rues des quartiers bien famés de Beyrouth, un soir des nuits alcoolisées, je m’arrête, interpelé par la musique qui m’accompagne depuis le départ de ma tournée des bars.

Passant des clubs underground, où la bière coute un bras, jusqu’au « bistrot de quartier » libanais, la conclusion est sans équivoque… ici les gens écoutent de la merde. Fascisme auditif ou simple déduction empirique, accompagné de mon wingman tunzikiste, les répercussions des hits du début des années 2000 remixés à la façon house berlinoise fusillent le peu de tympans encore vivants. Virgin radio est décrétée reine des ondes d’une jeunesse qui se voit truster les podiums d’Ibiza. David Guetta est un artiste, Tiesto est une référence… tout va bien. Montons les marchent des bars trendy où l’expat’ mixe les dimanches soir… same shit : vieux hits commerciaux et du Gnawa diffusion pour la touch indé’.

Merde, j’ai raté le concert d’Akon ! The place to be. Même les magazines culturels en parlent comme un lieu où se faire voir plutôt que de parler du contenu musical du mec. Tu me diras il n’y a pas grand chose à dire du contenu.

Le seul truc marrant pour danser reste le bon Tarab libano-syrio-palestinien. Un gros tambour en guise de basse, une flute bien aiguë et un chanteur bourré en MC de soirée. La dabke, complétement fait à l’arak, c’est vachement drôle, wallah !

Quel dommage que le zouk ne soit pas légion dans les vieux barrios. Avec des stats à 4 femmes pour un libanais ça pourrait faire des bonnes soirées…Je pourrais faire un revival de mes brèves apparitions à l’Intello Lyonnais où, bien évidement, 32 femmes se couchaient sur le dance floor pour éviter que je salisse les semelles de mes chaussures emaüs. Au lieu de ça, je dois me contenter de faire danser les femmes de mon harem sur mes playlists d’un autre temps. Heureusement que Fela a existé.

Coté production locale, les artistes libanais aillant pignon sur rue martèlent les mêmes mots depuis dix ans. C’est à ce demander si en commission de production les mecs changent la dispositions des mots dans la phrase, tout en modifiant quelque peu le beat arabisant au profit d’une instru house… oh Seigneur !

« Ton amour m’a rendu fou tant j’ai dans les yeux le coucher du soleil, qui me rappelle ton image qui s’estompe dans mon esprit amoureux », « Quand tu es loin, l’envie d’arracher au ciel les nuages pour voir au loin ta silhouette qui ferait de l’ombre au soleil, me rends fou d’amour »… ça en devient presque malsain pour certain (je vois pas ce que tu veux dire). Après tu as les gars qui surfent sur la vague actuelle « si tu me quittes je te casses les bras, à toi et ton amant »… là on est bien !

La nouvelle vague, elle, s’en sort un peu mieux. Si certaines personnes font des efforts pour pondre des chansons à texte sur une grosse base reggae, glissant de temps en temps dans le cliché, d’autres se retrouvent à mixer ce que le peuple veut entendre… de la house man ! De la putain de House.

Heureusement, le hip-hop perdure. En temps de crise, le hip-hop cha’bi (populaire) est ce qui se fait de mieux pour les oreilles, pour le moral. Les mecs ont la hargne, un paquet de trucs à dire et le malheur pour symbole commun de toute une génération, au Liban, en Palestine et en Syrie, qui a besoin de défoulement.

Mes oreilles sont contentes, mais mon cul fait la gueule !